Fondée par le groupe Jeune Afrique Media en 2021, avec le soutien de l’IFC (Groupe de la Banque mondiale), l’AFRICA FINANCIAL INDUSTRY SUMMIT-AFIS se tiendra à Lomé les 28 et 29 novembre 2022 pour son premier rassemblement en présentiel. Cet événement rassemblera plus de 600 leaders, parmi les plus influents de tous les secteurs de l’industrie financière africaine. L’AFIS accompagne la finance africaine dans sa transformation. Il œuvre plus particulièrement à l’amélioration de l’inclusion financière et à l’émergence d’une véritable industrie panafricaine des services financiers. Dans un  entretien à Finance-inclusive, Frederic Maury, Directeur Général Délégué Event  chez Jeune Afrique revient sur les objectifs de cet événement, les enjeux et perspectives de l’industrie financière africaine.

 

  • Quels sont les objectifs de cet événement ?

Créée par Jeune Afrique Media Group et en partenariat avec l’IFC (Groupe de la Banque mondiale), AFIS est une plateforme dont les enjeux clés sont les suivant :

  1. Construire un secteur financier africain et une industrie de classe mondiale
  2. Tirer parti de la Zlecaf pour nourrir la croissance et la transformation du secteur financier
  3. Doper l’inclusion financière et assurer un financement durable des économies

Depuis 2021, la plateforme réunit des dirigeants de banques, de compagnies d’assurance, de fintechs, de marchés de capitaux, d’opérateurs de mobile money, des Gouverneurs de Banque Centrale, des régulateurs et des Ministres de l’Economie et des Finances.

Le premier Sommet Annuel physique de l’AFIS aura lieu les 28 et 29 novembre prochain. Il intervient dans un environnement macroéconomique hautement risqué et marqué par une inflation sans précédent. Dans ce contexte défavorable et de défis multiples (adaptation aux changements climatiques etc.), AFIS a pour vocation d’aider les leaders de l’industrie financière à se préparer aux challenges à venir et à maintenir des niveaux de solidité financière élevés pour absorber les chocs.

  • Quelles sont les particularités de cette édition, sa cible et quels sont ses moments forts ?

Après un premier sommet annuel digital réussi en mars 2021 et réunissant 700 leaders de l’industrie, nous attendons 600 dirigeants de haut niveau sur l’évènement physique de Lomé.

Cet événement sera le premier grand sommet annuel en Afrique, rassemblant l’ensemble des dirigeants de l’industrie financière, du mobile money aux banques, et les autorités politiques et de régulation. Plusieurs d’entre eux ont d’ores et déjà confirmé leur participation dont : Ade Ayeyemi, qui dirige le groupe bancaire panafricain Ecobank, Amine Bouabid, Directeur général exécutif de BMCE Bank of Africa, Jean-Kacou Diagou, P-DG d’un des principaux groupes d’assurance du continent, NSIA, Nadia Fettah, Ministre de l’Economie et des Finances du Maroc, ainsi que les Gouverneurs de plusieurs Banque Centrale du continent (BCEAO, Ghana, Rwanda, Maurice, BEAC).  .
Ils pourront débattre et interagir au cours de panels et tables rondes afin de trouver des solutions pour faire progresser le secteur financier africain et notamment permettre une meilleure transformation des économies du continent.

  • L’AFRICA FINANCIAL INDUSTRY SUMMIT-AFIS est donc organisé en partenariat avec l’IFC, organisation du Groupe de la Banque mondiale consacrée au secteur privé. Pourquoi l’IFC particulièrement ?

L’IFC est notre partenaire historique, tant avec l’AFIS qu’avec l’AFRICA CEO FORUM. Il est aussi le principal financier du secteur privé africain et l’un des principaux partenaires du système financier continental. Près de la moitié de leurs engagements de2021 provenaient du secteur de la finance.

  • Pourquoi avez-vous retenu le thème « Durable, sans frontière et digitale – Transformer la finance à l’âge de la disruption » et quels sont les principaux sujets abordés lors de cet événement ?

Depuis 2021, AFIS compte un Advisory Board composé de 45 membres environ et représentant toutes les secteurs de l’industrie financière africaine. C’est en travaillant avec notre  Board que nous avons conçu ce thème qui épouse, selon nous, les grands enjeux structurels et notamment les sujets liés à la finance climatique et au financement durable des économies, la régionalisation des systèmes financiers et  la digitalisation du secteur qui est une véritable lame de fond.

Le choix du thème s’est également fait dans un contexte complexe marqué par une hausse des taux et cette inflation sans précédent, laquelle atteint 10% dans les pays en développement. Leurs impacts potentiels seront nombreux mais j’en citerais deux : une fragilisation des économies et donc des bilans des acteurs de l’industrie notamment en matière de rentabilité, de solvabilité, de liquidité ainsi qu’une raréfaction des fonds disponibles pour financer les fintechs.
 

  • Quel est votre regard sur la finance africaine d’aujourd’hui ?

Les grands groupes bancaires et d’assurance africains sont solides et globalement bien gérés. Le secteur financier est d’ailleurs l’un des plus dynamiques, avec une croissance annuelle des revenus de 11% par an avant le Covid et des fintechs ayant levé 1,3 milliard de dollars en 2021.

Les enjeux sont toutefois nombreux parmi lesquels : l’accélération d’une inclusion financière durable, le meilleur financement des PME, l’accès de la finance africaine aux débats mondiaux en termes de régulation, la bataille contre le recul de la correspondance bancaire, la sophistication des produits financiers (comme le crédit immobilier, la titrisation, la cotation boursière), etc. AFIS entend à la fois apporter des pistes de solution à ces grands défis tout en favorisant l’échange d’expérience sur des sujets pointus.

  • Comment améliorer l’inclusion financière et favoriser l’émergence d’une véritable industrie panafricaine des services financiers ?

Quand on regarde le panorama de l’industrie financière africaine, certains pays ont fait d’importants progrès en termes d’inclusion financière. Le Kenya a ainsi vu son taux d’inclusion financière progresser  de 26,7 % en 2006 à 82,9 % en 2019, essentiellement grâce au mobile money. La plupart des pays africains se sont désormais dotés de stratégies nationales d’inclusion financière. Dans de nombreux pays, le cash reste toutefois plébiscité : banquiers, assureurs, opérateurs de mobile money doivent d’ailleurs arrêter de se concurrencer et créer des synergies car le seul vrai concurrent, c’est le cash.

La régionalisation de l’industrie financière s’inscrit dans le cadre du développement de la Zlecaf, le marché commun continental. Sur ce sujet, il faut noter que les groupes financiers africains sont déjà très avancées par rapport à d’autres secteurs. Ecobank, Standard Bank, Attijariwafa Bank, BMCE Bank of Africa, Equity Bank, NSIA : les leaders africains présents dans plus de 5 pays sont nombreux. D’autre part, l’industrie financière africaine a un rôle clé à jouer dans le succès de la Zlecaf car sans  réformes importantes, le développement du commerce intra-africain ne pourra pas se faire. Comment imaginer commercer sans instruments de trade finance, sans possibilité de paiement entre  pays, sans convertibilité des devises, etc. En d’autres morts, l’émergence d’une véritable industrie panafricaine des services financiers est indispensable au projet d’intégration économique du continent.

  • Vous dites, vous les organisateurs, que l’adoption récente de la Zone de libre-échange continentale représente une opportunité unique de repenser l’industrie financière africaine à l’échelle continentale. C’est-à-dire ?

C’est en effet une opportunité historique, car un vrai leadership politique et institutionnel existe désormais en faveur de l’intégration. Quel serait le secteur le plus impacté par le développement de la Zlecaf ? L’industrie financière, car celle-ci est beaucoup plus simple à développer au travers des frontières que des activités de production industrielle par exemple. Si la Zlecaf fonctionne, cela va faire naître des géants africains de la finance mondiale.

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