L’essor de la téléphonie mobile en Afrique a révolutionné l’accès aux services bancaires sur le continent. Le développement de la banque traditionnelle bute en effet sur la faiblesse des revenus et sur une pénétration limitée du territoire par les réseaux bancaires, avec en moyenne 5 succursales pour 100.000 habitants – contre 10 en Asie du Sud par exemple. La création des comptes de paiement sur téléphone portable – assimilables à des comptes bancaires – a totalement rebattu les cartes de l’inclusion financière. C’est ce qu’indique l’Agence française de développement (AFD) à l’occasion de la publication de l’ « Atlas de l’Afrique AFD».
Pour l’AFD, cette technologie dématérialisée, apparue au Kenya à la fin des années 2000, s’est largement répandue sur l’ensemble du continent, où le nombre d’utilisateurs – 395 millions en Afrique subsaharienne en 2018 – est, en moyenne, douze fois plus élevé qu’ailleurs dans le monde. Cette révolution numérique s’est traduite par une progression rapide de la part de la population ayant accès à un compte bancaire, de 17 % en 2011 à 38,3 % en 2017.
« La révolution du mobile en Afrique et l’essor du mobile banking ont entraîné une dynamique d’innovation particulièrement intéressante. La possibilité de payer à distance une prestation permet de diminuer les coûts de collecte et d’intermédiation et a révolutionné l’accès à de nombreux services, en particulier en milieu rural », souligne l’AFD.
Le mobile banking en Afrique ne cesse d’évoluer, du transfert d’argent aux services bancaires. « L’Afrique n’a pas fini de décliner les usages possibles de cette nouvelle technologie bancaire. Ce sont initialement les paiements et les transferts de compte à compte qui en ont constitué la première utilisation, en contrepartie d’un paiement de quelques centimes d’euros. La technologie permet en effet de garder une preuve des paiements effectués, et ainsi de les sécuriser », est-il indiqué.
Pour l’AFD, les migrants urbains y voient un moyen simple pour envoyer de l’argent aux membres de leur famille restés au village, sans avoir à faire voyager l’argent liquide sur des centaines de kilomètres. Les services financiers proposés aux détenteurs d’un compte mobile se diversifient maintenant rapidement sous la forme de produits plus complexes, comme les transferts internationaux, l’emploi, les microcrédits ou les assurances.
Ainsi, des gouvernements commencent à s’intéresser aux possibles utilisations du mobile banking comme outil de collecte d’impôts ou pour limiter le risque de corruption. « Sur ce sujet comme sur d’autres, c’est aujourd’hui l’Afrique qui inspire le monde », estime l’AFD.
Le groupe AFD affirme accompagner cette dynamique d’innovation en appuyant des entrepreneurs, des incubateurs et des start-up à travers l’initiative Digital Africa. « Nous finançons également des infrastructures d’accès à la téléphonie mobile, car le monde rural, particulièrement en Afrique de l’Ouest, n’est pas encore couvert par la 2G, nécessaire au mobile banking, et encore moins par la 3G…», précise l’Agence.
A noter qu’entre 2008 et 2018, le nombre d’abonnements cellulaires a bondi de 180 % sur le continent, ce qui correspond à la deuxième dynamique d’adoption la plus rapide au monde après l’Asie du Sud, où ce nombre d’abonnement a augmenté de 213 % sur la même période. En Afrique, pour 100 habitants, 83 abonnements sont ainsi actifs en moyenne.




























