Paiements : au Maroc, le cash progresse en même temps que le numérique
Dans son rapport annuel 2025, Bank Al-Maghrib constate que la hausse des paiements électroniques ne s’est pas traduite par un recul de la monnaie fiduciaire, dont l’encours atteint 513 milliards de dirhams.
Les paiements électroniques progressent au Maroc, mais le cash aussi. C’est le constat que dresse Bank Al-Maghrib dans son rapport annuel sur les infrastructures de marchés financiers et les moyens de paiement pour l’exercice 2025. Les usages électroniques ont connu une progression soutenue : les échanges scripturaux ont atteint près de 718 millions d’opérations, tandis que le virement instantané et le paiement mobile ont enregistré des hausses respectives d’environ 78% et 42% en nombre. Cette dynamique, relève la Banque, témoigne d’une appropriation croissante des solutions numériques. Elle doit toutefois être appréciée au regard de la persistance d’un recours important au cash.
La circulation fiduciaire, y compris les encaisses des banques, s’est en effet nettement accélérée en 2025. Son encours s’est établi à 513 milliards de dirhams à fin décembre, en hausse de 15,5% en glissement annuel, après 7,6% en 2024 et 10,5% en moyenne en 2022 et 2023. Rapportée au PIB, elle représente 30% à fin 2025, contre 28% en 2024 et des niveaux légèrement supérieurs à 20% avant la crise sanitaire. Les flux aux guichets de Bank Al-Maghrib ont atteint des niveaux exceptionnels : les retraits ont progressé de 227 à 262 milliards de dirhams, tandis que les versements ont légèrement reculé, de 195 à 193 milliards. Les retraits nets s’établissent ainsi à 69 milliards de dirhams, contre 32 milliards en 2024 et 53 milliards en 2020, lors de la crise sanitaire. Au quatrième trimestre, ils ont atteint 25 milliards de dirhams, contre une moyenne d’environ 6 milliards au cours du même trimestre des années antérieures, une évolution qui pourrait s’expliquer, en partie, par l’organisation au Maroc de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations.
Du côté des cartes bancaires, le nombre de paiements, y compris sur GAB et en ligne, s’est établi à 230,1 millions d’opérations pour une valeur de 70,8 milliards de dirhams, en hausse d’environ 20% en nombre et de 12% en valeur. Les retraits d’espèces continuent toutefois de représenter l’essentiel des opérations effectuées par cartes : ils sont passés de 401 à 450 millions d’opérations, et de 403 à 460 milliards de dirhams en valeur. Leur part dans les transactions par carte a légèrement diminué en nombre, de 68% à 66%, au profit des paiements, dont la part passe de 32% à 34%. En valeur, la part des retraits a en revanche progressé, de 86% à 87%, tandis que celle des paiements a reculé de 14% à 13%.
Bank Al-Maghrib en tire une conclusion : la progression soutenue des paiements électroniques ne s’est pas encore traduite par une diminution significative du recours au cash, qui demeure fortement présent dans les transactions du quotidien. Pour le Wali, la hausse simultanée des paiements électroniques et de la monnaie fiduciaire montre que le développement de solutions numériques ne se traduit pas systématiquement par un recul du cash. L’enjeu est désormais d’ancrer l’utilisation de ces solutions dans les transactions du quotidien, notamment les paiements de proximité et les opérations de faible montant.
La Banque précise par ailleurs que le niveau de la circulation fiduciaire ne saurait, à lui seul, rendre compte de l’évolution des usages transactionnels du cash, l’encours des billets intégrant également des comportements de thésaurisation et de précaution. L’appréciation de la transformation des comportements doit donc mobiliser un faisceau d’indicateurs portant notamment sur les retraits d’espèces, les paiements marchands, l’utilisation effective des comptes bancaires et des portefeuilles électroniques à des fins de paiement, ainsi que sur le développement du réseau d’acceptation.
C’est ce constat qui a conduit Bank Al-Maghrib à inscrire son action dans une approche plus globale, dépassant le seul développement de l’offre de paiement. Élaborée notamment à partir des enseignements de l’étude sur l’usage du cash et du diagnostic de l’acceptation des paiements électroniques réalisé avec l’appui de la Banque mondiale, la Stratégie de Développement des Paiements (2024-2028) vise à créer les conditions permettant aux moyens de paiement électroniques de constituer une alternative effective au cash. Elle agit pour cela de manière coordonnée sur l’accessibilité des solutions, leur interopérabilité, leur coût, leur acceptation par les commerçants, leur simplicité d’usage et la confiance des utilisateurs. La carte, le paiement mobile ou le virement instantané ne sont plus envisagés uniquement sous l’angle de chaque instrument, mais au regard des usages auxquels ils peuvent répondre et de leur capacité à se substituer progressivement aux règlements au cash.
Dans cette logique, la réduction de la dépendance au cash constitue, selon le rapport, davantage un objectif de transformation structurelle des usages qu’une conséquence mécanique de la croissance des transactions électroniques. Elle suppose d’agir simultanément sur l’acceptation, les coûts, les cas d’usage, l’expérience utilisateur et la confiance. La Banque précise que la réduction du cash ne constitue pas un effet automatique de la seule digitalisation des instruments : elle repose sur leur intégration dans des parcours de paiement simples, accessibles, fiables et économiquement soutenables, répondant à des besoins d’usage concrets.
Plusieurs chantiers ont été menés en 2025. Bank Al-Maghrib a poursuivi l’accompagnement de la transformation du marché de l’acquisition, dans le prolongement de son ouverture à de nouveaux acteurs, afin de favoriser une concurrence accrue et l’émergence de solutions adaptées aux petits commerces et aux activités de proximité. Dans le prolongement de la décision plafonnant à 0,65% HT les commissions d’interchange domestiques applicables aux paiements par cartes émises au niveau national, des travaux ont été engagés avec les acteurs du marché en vue de simplifier progressivement la structure de ces commissions. Enfin, les travaux conduits en 2025 ont principalement porté sur la conception et la préparation de l’opérationnalisation d’un Fonds de Développement de l’Acceptation des paiements électroniques. Conçu comme un mécanisme d’amorçage, il doit accompagner prioritairement les commerçants et prestataires de services, notamment les micro, petites et moyennes unités et les activités de proximité, pour lesquels le coût, la complexité de l’enrôlement ou la faible rentabilité initiale constituent encore des freins. Son efficacité devra être appréciée au regard de l’utilisation effective des dispositifs déployés, à travers notamment le nombre de commerçants actifs, la fréquence des paiements, les volumes et valeurs traités ainsi que la pérennité de l’usage après la période d’accompagnement.
L’enjeu, conclut le rapport, est de faire en sorte que la modernisation des infrastructures et la diversification de l’offre se traduisent par une évolution durable des comportements de paiement, contribuant à l’efficience des échanges, à l’inclusion financière et à la réduction progressive du recours au cash.

























